L'éloge du geste...


L'ÉLOGE DU GESTE, DE LA LENTEUR ET DE L’ESPRIT « WABI-SABI ».
« AVEC LA TERRE, SOIT ON ENTRE DEDANS, SOIT ON RESTE À L’EXTÉRIEUR. »
CET HOMME-LÀ, NATIF DU NORD, D'AILLEURS IL EN A L'ACCENT, A VRAIMENT BIEN FAIT DE LAISSER LE TRAVAIL À LA CHAÎNE, QUI L'A OCCUPÉ DURANT 15 ANNÉES. IL EST DEVENU ENSUITE DEMANDEUR D'EMPLOI DANS LA RÉGION CENTRE, PROCHE DE LA BORNE, LE CÉLÈBRE VILLAGE RECONNU DANS LE MONDE POUR L'EXCELLENCE DE LA POTERIE. UNE RENCONTRE, LE DÉCLIC, IL REÇOIT LE MESSAGE, LA FORCE ET LA SENSIBILITÉ AU TRAVERS DE LA TERRE. À 37 ANS, IL ABANDONNE LA TÔLE, POUR L'ARGILE. CE SERA UNE FORMATION DE POTIER, D'UNE ANNÉE. LES TECHNIQUES, LE TOURNAGE, LE MODELAGE, LA CUISSON. SÉDUIT PAR L'ESTHÉTIQUE TRÈS SOBRE DES ORIENTAUX, JÉRÔME HIRSON PEUT TOUT À FAIT S'INSCRIRE DANS L'ESPRIT WABI-SABI. LA BEAUTÉ DES CHOSES IMPARFAITES, IMPERMANENTES, INCOMPLÈTES, MODESTES ET HUMBLES, LA BEAUTÉ DES CHOSES ATYPIQUES.


On rencontre l'homme dans son univers. Sud Touraine, aux portes du Poitou. Tout est sec. Les toits de tuiles rouges annoncent la route du soleil. Son atelier ? Il devait être là. C'était un chai. Il y fait frais, idéal pour stocker la terre.
Des sacs de gris roux, de gris noir, il aime la terre de Langeais (la noire) provenant d'une des dernières briqueteries de Touraine. La terre, l'argile chamottée (cuite concassée), il préfère la faire. Ces mélanges attestent ses pièces uniques. Très économe, il obtient plusieurs tonalités avec peu de matière. Il utilise un seul émail. À le voir travailler, on pense immédiatement au travail du boulanger pâtissier, avec son levain, sa pâte. Ce potier céramiste, qui ne travaille qu'en écoutant Neil Young, le folk des années 70, a un don exceptionnel, celui de savoir que le temps ne compte pas. Il est slow food et slow céramique ! Son travail se rapproche plus de la sculpture. Il ne voulait pas faire de séries (surtout pas comme pour les voitures en usine où il travaillait). Il opte pour la pièce unique. La technique du colombin lui plaît et elle le lui rend bien. La lenteur de ce travail, il l'apprécie, silencieux. Il délaisse le tour pour le modelage. Pétrir l'argile jusqu'à obtenir une petite boule, bien calée dans le creux de sa main gauche, son pouce aide à donner la forme. Puis il affine, l'éloge de la lenteur et de l'esprit opèrent. L'autre main par pincement aide la terre à monter. Tout se passe dans le creux de la paume gauche. La droite ajuste. Magique, cette méthode ancestrale pour fabriquer un pot, rien qu'avec les mains. Il fera monter le fond et les bords, grattera à l'intérieur pour donner la forme qu'il souhaite. Il ne se sépare jamais de sa carte de crédit, non pas pour aller dans les galeries marchandes, d'ailleurs à l'horizon de chez lui, il n'y en a aucune, mais ce qu'il réussit à obtenir de sa carte, arranger doucement les bordures, aucun autre outil ne peut le faire.
La pièce maîtresse pour lui étant le bol. On peut y boire et y manger.
Jérôme Hirson est un véritable Artisan d'Art, avec deux A majuscules, un maître de l'art populaire. Son entreprise, ce sont ses mains avec lesquelles il réussit à rendre vivant un objet unique.





TEXTE: CATHERINE TARALON
PHOTOS:MARC BROUSSARD






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